Ma fille, c'est mon bébé. Non, je la refais: MA fille, c'est MON bébé (et un peu celui du papa aussi). Depuis qu'elle est née elle a besoin de beaucoup d'attention et de contact, c'est mon petit greffon.

 

Donner le biberon est compliqué.

L'endormir est compliqué.

 

Elle mange en 4 ou 5 fois avec des pauses de pleurs entre chaque, et elle s'endort soit allongée en mangeant, soit dans le porte-bébé. Quand on lui donne son biberon dans nos bras, elle se tortille, bouge la tête et pleure. Il y a des moments où il faut lui donner allongée, d'autres où elle le prendra mieux semi-assise.

 

Ces moments-là, on est les seuls à les repérer. Le pleur de douleur, celui de fatigue ou celui qui a besoin de s'exprimer, on sait les reconnaître. Nous, ses parents.

 

 


 

Je sais bien que toutes les mamans pensent qu'elles sont les seules à bien savoir s'occuper de leur bébé, et c'est normal, c'est la vérité. Mais quand je vois qu'elle a ses rituels, mais qu'en même temps, rien n'est jamais pareil, je me dis qu'il faudrait une semaine d'explication pour qu'une personne autre que nous s'en occupe (correctement, je veux dire).

 

 

Même avec la famille, c'est difficile. Ils arrivent, s'installent, veulent la prendre. Je sais qu'ils ont eu des enfants, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils ne savent pas faire. Pas avec la mienne.

Du coup, ça me plombe le moral et je suis sur la défensive.

 

- T'as mauvaise mine, t'es fatiguée?

- J'avais prévu de dormir en fait, mais bon vous êtes venus...

 

Sans compter qu'ils veulent TOUS la prendre et que par miracle c'est le seul moment où elle dort. On a enfin réussi à créer un petit rythme, des habitudes qui lui vont bien, et tout ce monde, ce changement de bras et d'horaires, ça fout tout en l'air.

 

J'envie ces mamans qui sont heureuses de trouver LA nounou que son enfant adore. Je ne peux pas. Au contraire, j'espère que ma fille hurlera dès qu'elle sera avec la nounou.

Je m'explique: à raison de 7 heures de travail par jour, ton bébé, ton trésor, la chair de ta chair passe environ 8 heures avec une autre que toi. C'est la seule qu'il voit, celle qui l'éveille, qui verra son évolution, ses progrès, ses premiers rires, ses premiers pas... Toi tu arrives, tu donnes le bain, le biberon et au lit jusqu'au lendemain, où ça recommence.

 

Le truc, c'est que je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur qu'elle l'aime plus que moi, qu'elle la prenne pour sa maman, puisqu'elle la verra plus que moi. On me répondra certainement qu'un bébé sait reconnaître sa mère, je ne suis pas convaincue.

 

 

Pendant ma grossesse, je me disais que deux mois d'arrêt étaient suffisants. Puis comme je ne vais pas reprendre dans le même domaine, j'ai étendu à six mois. On en est à quatre, et ça me tord le bide de penser à laisser ma fille, à ne plus la voir toute la journée, à ne plus être la seule.

 

C'est mon bébé, c'est à moi de m'en occuper.

 

Oui mais voilà, mes états d'âme ne vont pas émouvoir mon proprio ni ma banquière. Les loyers, les factures et le crédit de la voiture ne vont pas se solder tout seuls.

Je commence à m'intéresser aux offres d'emploi, à m'imaginer dans des postes différents, à rapporter un deuxième salaire qui nous ferait mieux vivre. Ça me plait, je m'y vois. Et d'un coup, je réalise ce que ça implique: laisser mon petit bout.

Je ne suis pas carriériste, je ne me sens pas vieille ménagère déprimée en restant à la maison, je n'ai pas besoin de travailler pour être épanouie.

La crèche, j'aimerai mieux. Ce n'est pas une "mère de substitution". Elle y est inscrite mais je n'espère pas trop. Les places sont chères et réservées bien plus tôt que la mienne.

 

 

Il faut faire des efforts, accepter de la partager. Je ne sais pas si j'y arriverai. En attendant, je profite d'être encore la seule.

 

 

Laurie, fusionnelle