Ce week end, je devais être à Paris. Je ne devais rentrer que dimanche soir à minuit, alors j'avais dit à la nounou que je garderai ma fille lundi, pour profiter d'elle.
Je ne suis pas à Paris, mais elle est avec moi aujourd'hui, et je la respire autant que possible.

La question n'est pas "je devais y être, vous vous rendez compte, ça aurait pu être moi". Depuis vendredi, quand on a appris les attentats, je lis beaucoup de statuts de ce genre et je les trouve parfois déplacés: oui vous auriez pu y être mais vous n'y étiez pas. Pensez à ceux qui y étaient vraiment, à leur famille, ce n'est pas le moment de vous faire remarquer, vous allez bien!
Non, la question pour moi, c'était plutôt: est-ce que je continue ma vie comme s'il ne s'était rien passé ou est-ce que je profite un peu plus des miens. Ça ne veut pas dire se laisser gagner par la peur, ça veut dire profiter un peu plus d'être ensemble, en étant conscients qu'on a de la chance, et que c'est là le plus important. Tant pis si l'appartement n'est pas rangé, tant pis si la machine n'a pas tourné, si le jean que je voulais mettre à une tâche, si on mange du chocolat à 18h, c'est pas grave si on a regardé 3 films aujourd'hui, que le frigo est vide, tant que nos cœurs sont remplis.
calin maman bébé
Ce week end, j'ai profité de ma famille. On a fait beaucoup de câlins et de bisous, on a gardé notre fille endormie un peu plus longtemps avec nous, on est sortis se promener et voir des chevaux, on a regardé des films ensemble, on a mangé des hamburgers et des frites, deux fois, on a passé la journée en pyjama, on a ri. Que des choses simples, en somme, mais qui prennent une sacrée valeur dès qu'on mesure notre chance.
J'ai dit "je t'aime", j'ai répondu à mes amis qui se demandaient si j'étais quand même à Paris ou non, j'ai été profondément touchée par cette fraternité que l'on a ressenti, comme après Charlie.

Parfois, si j'y pense trop, une vague d'angoisse monte: et si ça arrivait ici? Si on avait décidé de sortir en amoureux pendant que notre fille est chez la nounou, et qu'on se retrouvait otages, ou pire, morts. Que deviendrait-elle? Qui serait là pour la consoler? Qui pourrait même la consoler de ne pas nous voir rentrer?
Et si ça arrivait alors qu'on est avec elle? Comment la protéger de ces horreurs? Comment être assez forte pour résister à des armes de guerre et être capable de la mettre à l'abri?

parc chevaux
La question n'est pas "si", mais "quand".
Depuis hier, on sait que la France a attaqué la Syrie. Ils vont riposter, même sans ça ils auraient continué je pense. Comment voulez-vous combattre des gens qui de toute façon vont gagner: soit ils arrivent à finir leur mission sain et sauf, soit ils se font exploser fièrement.
J'en ai assez de voir des gens prendre parti et y aller chacun de ses petits conseils. On ne connaît qu'une infime partie de l'histoire. Non ce n'est pas la première fois qu'on bombarde la Syrie, non si vous étiez président tout ça ne serait pas réglé si vite que vous le pensez. Non, il ne suffit pas de tous les abattre pour en finir. Vous en tuez 1, 10 veulent prendre sa place. C'est un honneur pour eux que de mourir en martyr.
Je ne peux pas me réjouir à l'idée de bombarder chez eux pour se défendre: ce que Paris a vécu, d'autres civils vont le vivre. N'oublions pas non plus que Paris n'est pas non plus la seule ville à vivre la terreur en ce moment, pensez au Liban, mais pensez aussi à tous ces pays qui sont en guerre continuellement, et pour qui aucun hashtag ne rend hommage.

Honnêtement, je ne sais pas comment on pourra les combattre, alors en attendant faisons tout ce qu'ils aimeraient nous empêcher de faire: buvons sans modération si on en a envie, dansons, chantons, faisons l'amour hors mariage (ok, même si vous êtes mariés vous pouvez), mettons des bikinis, rions, vivons.